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des matières dE
SYNESIUS
Synésius
A PAEONIUS SUR LE DON D’UN ASTROLABE.
Oeuvre numérisée et mise
en page par Marc Szwajcer

A PÆONIUS
SUR LE DON D’UN ASTROLABE.
ARGUMENT.
1. Il y
a de vrais et de faux philosophes.
2. Il
importe peu au vrai philosophe de ne pas être apprécié des
ignorants.
3.
Pæonius, tout à la fois philosophe et soldat, rappelle ces anciens
temps où les philosophes étaient hommes d’État.
4. Dans
un poste éminent on peut rendre de grands services en montrant au
peuple ignorant la différence qu’il convient de faire entre les faux
et les vrais philosophes.
5.
Synésius veut favoriser les penchants de Pæonius pour l’astronomie,
afin de l’élever à une philosophie plus haute encore: il lui offre
donc un astrolabe de son invention.
6, 7.
Description et explication de cet astrolabe.
*****************
1. Je
vous ai entendu naguère exprimer votre indignation du triste état où
se trouve la philosophie: « On ne la traite pas, disiez-vous, avec
le respect auquel elle a droit; son sort est vraiment à plaindre.
N’est-il pas étrange en effet de voir des gens, qui ne sont
philosophes qu’en apparence, se faire bien venir, par leurs
jongleries, des grands et de la foule, tandis que ceux qui méritent
véritablement ce nom n’excitent que la défiance et n’obtiennent
aucune considération? » Votre courroux me charmait; il partait d’une
âme généreuse. Faut-il cependant s’indigner d’une chose bien
naturelle? Il est tout simple que chacun atteigne ce qu’il recherche
avec ardeur, et voie s’éloigner de lui ce qui n’est l’objet ni de
ses désirs ni de sa poursuite.
Celui-ci s’efforce de devenir sage, celui-là de le paraître; et tous
les deux ont ce qu’ils veulent, du moment où l’un possède la
sagesse, où l’autre a l’air de la posséder. Ne pourraient-ils pas
justement se plaindre et s’irriter, ceux qui ne visent qu’à se faire
une réputation par l’étalage d’une fausse science, s’ils voyaient
les vrais philosophes gagner, sans la chercher, la faveur publique,
alors qu’eux-mêmes n’arriveraient à rien, tout en se donnant
beaucoup de peine pour éblouir des ignorants faciles à tromper?
Soit; qu’ils acquièrent de la célébrité, s’ils y tiennent, qu’ils se
fassent couronner dans les théâtres : étrangers à la vérité, ils ne
se piquent pas d’être philosophes; ils en ambitionnent seulement le
nom.
2. Nous
autres (car vous avez bien voulu me compter dans le petit nombre des
esprits sérieux, et c’est surtout à cause de moi que vous déploriez
le sort de la philosophie), nous autres, si le vulgaire n’a pour
nous que de l’oubli et du dédain, sachons nous contenter de la place
que nous-même nous avons choisie; n’envions pas le prétendu bonheur
de ces demi-savants, quand nous voyons exalter leur mérite par ceux
qui ne savent absolument rien. La beauté d’une âme complètement
purifiée n’est visible qu’à ceux qui sont purs. S’instituer son
propre héraut, tout sacrifier à la montre, c’est le fait, non de la
sagesse, mais de la sophistique. Si l’on n’obtient pas les hommages
de la foule, eh bien! il est beau de pouvoir dire:
……………….. Cet honneur qui m’est cher !
Je
l’attends, non de vous, mais du seul Jupiter.
Nous
devons nous féliciter, nous tenir pour satisfaits, si nous avons
l’heureuse chance de rencontrer un personnage puissant et éclairé
qui nous estime; car alors, sans quêter les suffrages des
incapables, nous avons, nous aussi, notre part de considération.
3.
Puis-je hésiter à placer au premier rang, parmi ceux que je révère,
l’admirable Pæonius? Depuis longtemps l’étude de la philosophie et
le métier des armes se trouvaient séparés comme par un mur
infranchissable. Pæonius les a rapprochés et réunis; il a renouvelé
l’alliance dont les siècles anciens offrent de nombreux exemples. En
effet, dans une partie de l’antique Italie, on voyait les mêmes
hommes, qui suivaient les leçons de Pythagore, administrer les
villes. Dans cette contrée, appelée à juste titre la Grande Grèce,
Charondas et Zaleucus donnaient des lois aux cités; les Archylas et
les Philolaüs commandaient aux armées ; Timée, magistrat,
ambassadeur, était mêlé à toutes les affaires publiques, Timée, cet
illustre astronome, sous le nom duquel Platon nous expose ses idées
sur la nature du monde. Jusqu’à la neuvième génération après
Pythagore, c’est aux philosophes qu’était remis le soin de
gouverner, et l’Italie leur dut le maintien de sa prospérité.
L’école des Éléates, à Athènes, se distingua également et par la
science et par les armes. Zénon renversa un si grand nombre de
tyrans qu’il serait difficile de les compter, et à la tyrannie il
substituait partout une sage république. Xénophon, se mettant à la
tête des Dix mille découragés par leurs revers et tout près de
succomber, les ramena du fond de la Perse, vainqueurs de tous les
obstacles. Et peut-on oublier Dion, le destructeur de la puissance
de ce Denys qui avait soumis à son joug les villes si nombreuses de
la Sicile, grecques et barbares, qui avait abattu l’orgueil des
Carthaginois, et s’attaquait déjà aux rivages de l’Italie? Tel était
l’ennemi qu’allait combattre l’adorateur, le favori de Platon :
réunissant quelques étrangers il fait monter tous ses soldats sur un
seul vaisseau, un vaisseau marchand; il aborde en Sicile; avec cette
petite troupe il chasse Denys, il change la forme du gouvernement,
et rétablit dans les cités le règne des lois. Ainsi jadis les
philosophes étaient hommes d’État, et à ce double titre ils
accomplissaient de grandes choses. Mais rien de ce qu’il y a de beau
et de bon n’échappe à la fâcheuse influence du temps: dans les âges
suivants la politique et la philosophie ne s’associèrent plus; elles
firent divorce. Aussi comment vont les choses humaines! N’est-ce pas
à cette séparation qu’il faut attribuer la perte de notre bonheur?
Car il n’est rien de plus funeste pour les villes que l’autorité
privée de raison, tandis que la sagesse est dénuée de tout pouvoir.
4. Mais
vous allez faire revivre l’ancienne alliance; car en même temps que
vous prenez part au gouvernement de l’État, vous estimez qu’il faut
cultiver la philosophie. Courage donc; poursuivez cette noble
entreprise, pour nous et pour les Muses; qu’elles ne soient pas
exilées de la place publique et de l’armée comme des inutiles et des
désœuvrées, incapables de nous aider dans l’accomplissement des
travaux sérieux, et bonnes tout au plus à procurer de l’amusement
aux jeunes gens et à exercer leur babil. Chacun de nous doit vous
tendre la main pour seconder, autant qu’il le peut, vos efforts.
C’est ainsi que vous serez tout à fait philosophe: on ne peut l’être
qu’à demi, et avec combien d’imperfections, si l’on est poussé par
ses inclinations toutes seules. Les affaires de l’État n’en iront
que mieux, administrées par des sages; nous autres aussi nous y
gagnerons de pouvoir assurer à la philosophie les hommages de la
multitude, sans nous départir des habitudes de bienséance. Alors on
verra sans doute tout le contraire de ce que je signalais tout à
l’heure, quand je disais que la race des sophistes tend des pièges
au vulgaire ignorant, et vient à bout de faire tenir en moins grand
honneur les véritables nourrissons de la philosophie que ceux qui
usurpent frauduleusement ce titre. Mais que ceux qui occupent les
magistratures et dirigent les affaires publiques s’élèvent, par
l’intelligence, au-dessus du vulgaire, ils distingueront bientôt la
vraie sagesse de la fausse, et le peuple ne tardera pas à
reconnaître son erreur. Il ne faut pas tant de discours pour le
convaincre; il suffit de lui faire voir le mépris dans lequel
tombent les charlatans. Les gouvernés sont naturellement disposés à
se faire la plus haute idée des gouvernants. Mais aujourd’hui
combien sont absurdes les jugements de la foule! Pour elle ces gens
à longue chevelure, arrogants et présomptueux, sont des êtres
supérieurs; elle n’a aussi que du respect et de la vénération pour
toutes les autres espèces de sophistes, et pour ceux-là surtout qui
marchent appuyés sur un énorme bâton, et crachent avant de parler.
Vous viendrez donc en aide à la philosophie, et vous ne lui
reprocherez point des torts qu’elle n’a pas. Vous lui avez témoigné
de la considération; vous lui serez encore plus dévoué, quand les
études qui lui sont chères vous auront complètement captivé : j’y
compte, car déjà vous vous êtes montré son intrépide défenseur; vous
avez repoussé ces aboyeurs qui la poursuivaient, et vous nous
assurez un asile à l’abri de leurs attaques.
5.
Voilà ce que m’ont dit de vous ceux qui ont été admis avant moi dans
votre intimité; et pour le savoir par moi-même, il m’a suffi de vous
connaître quelque temps. Je veux favoriser les penchants que je vois
en vous pour l’astronomie, et par là vous élever plus haut;
l’astronomie est déjà par elle-même une noble science, et elle mène
à une science plus divine encore. Je la considère comme la
préparation aux mystères de la théologie : elle a pour objet le
ciel, ce magnifique ensemble dont les révolutions semblent à
d’illustres philosophes une imitation des mouvements de l’âme; elle
procède par démonstrations, et elle s’appuie sur la géométrie et
l’arithmétique, que l’on peut regarder comme la règle infaillible de
la vérité. Je vous apporte un présent, le plus convenable que je
puisse vous offrir et que vous puissiez recevoir : c’est un
planisphère de mon invention. La vénérable philosophe
dont je suis le disciple m’a aidé de ses conseils, et l’ouvrage a
été exécuté par ceux qui sont le plus habiles dans mon pays à
travailler l’argent. Je dois vous donner d’abord quelques
explications qui se rapportent au but que je veux atteindre : ce but
c’est d’exciter votre ardeur pour la philosophie. Si la curiosité
vous pousse à examiner avec attention l’objet que je place sous vos
yeux, alors je vous présenterai quelque chose de plus précieux
encore que ce don, je veux dire la science elle-même. Ecoutez
maintenant les éclaircissements relatifs à mon astrolabe.
6. Si
l’on projette sur un plan une surface sphérique, quoique la nouvelle
figure ne soit pas identique à la première, on retrouve cependant
une correspondance parfaite entre les différentes parties des deux
figures : c’est ce que l’ancien astronome Hipparque a donné à
entendre, et le premier il a fait une application de cette vérité
mathématique. Pour nous, s’il n’y a pas trop d’orgueil à nous
attribuer ce mérite, nous avons continué et complété le travail
d’Hipparque, et résolu un problème que l’on avait laissé de côté
jusqu’à ce jour. Le grand Ptolémée et ses illustres successeurs,
pour leurs calculs et pour la détermination des heures de la nuit,
se contentaient des seize étoiles marquées sur le planisphère
d’Hipparque. La science était alors si peu avancée, et la géométrie
encore si voisine de l’enfance, qu’il faut excuser ces hommes
célèbres d’avoir travaillé sur des hypothèses. Mais nous qui avons
reçu de nos devanciers, et sans qu’il nous en coûte aucune peine,
tout un corps magnifique de doctrines, quelle reconnaissance ne
devons-nous pas à ceux de qui nous tenons notre savoir! Mais si nous
pouvons introduire dans la science quelque démonstration élégante,
imaginer quelque procédé ingénieux, trouver quelque
perfectionnement, ne croyons pas avoir fait œuvre indigne d’un
philosophe. Quand on fonde une ville, on ne songe d’abord qu’à faire
le nécessaire pour sa conservation et sa durée; mais avec le temps
cela ne suffit plus: on dépense beaucoup pour avoir de splendides
portiques, de vastes gymnases, une place magnifique. Ainsi procède
la science, traitant d’abord les questions urgentes, puis
s’accroissant par les accessoires. Le problème de la projection
sphérique m’a donc paru digne d’intérêt; je m’y suis appliqué, et
j’ai accumulé, dans un travail d’ensemble, une foule de données
indispensables et de renseignements variés. Puis il me tardait de
mettre en pratique ces principes de la science; j’ai donc fait
exécuter un charmant spécimen de la voûte céleste. La méthode
permettant de reproduire sur un plan les proportions exactes d’une
figure à surface courbe, j’ai pensé qu’une surface courbe quelconque
rappellerait mieux celle de la sphère idéale. Le plan terminé, je
l’ai enroulé sur une forme cylindrique, avec toutes les précautions
nécessaires pour que l’aspect du modèle rappelât la vérité au
spectateur intelligent. J’y ai donc distribué les astres des six
grandeurs différentes, en observant les figures formées par leurs
divers groupes. J’ai tracé les cercles sphériques, les uns dans le
sens de l’équateur, les autres dans le sens perpendiculaire. Tous
ces cercles sont gradués en divisions égales, marquées de cinq en
cinq par un trait plus gros. Puis, près de chaque division, j’ai
inscrit les quantités numériques correspondantes, l’encre sur fond
d’argent donnant à la plaque l’aspect d’une page d’écriture. Ces
nombres ne sont pas non plus gravés tous du même caractère : les uns
sont de type uniforme, mais d’autres sont de grandeur irrégulière,
variant suivant les convenances; les nombres de même caractère
s’appliquent à des divisions égales, précaution indispensable pour
que les différents groupes demeurent bien distincts. La même
convenance a conduit à figurer les cercles qui passent par les
pôles, ainsi que ceux des tropiques, par des traits plus forts; et
ces cercles, qui sont courbes théoriquement, sont devenus ici des
lignes droites, par suite des exigences de la méthode. Aussi le
cercle antarctique se trouve plus développé que tous les autres,
même les plus grands, et les distances mutuelles des astres qui
l’avoisinent ont dû être amplifiées. Quant aux inscriptions ciselées
en lettres d’or près du cercle antarctique, dans l’espace vide
d’étoiles, la seconde, qui n’est que de quatre vers, est ancienne,
assez simple; c’est l’éloge de l’astronomie:
Je ne
suis qu’un mortel; mais quand mon œil embrasse
Les
astres radieux circulant dans l’espace,
Alors
je fuis la terre et ses grossiers soucis,
Et je
bois le nectar, auprès des dieux assis.
7. La
première inscription, qui est de huit vers, a été faite par l’auteur
de l’astrolabe, c’est-à-dire par moi. Elle donne une idée sommaire
et générale de tout ce qui se voit sur cet appareil. Les vers sont
assez durs, car j’ai plutôt recherché l’exactitude scientifique que
l’élégance. Elle montre à l’astronome le parti qu’il peut tirer de
ce planisphère; elle lui indique la position des astres, eu égard
non point à l’écliptique, mais à l’équateur; car il est impossible,
comme je le prouve dans mon traité, de prendre cette position par
rapport à l’écliptique. Elle indique que les déclinaisons vont de
l’écliptique à l’équateur; elle montre la correspondance des
ascensions, c’est-à-dire que les divisions de l’écliptique se
trouvent représentées sur l’équateur par un nombre égal de divisions
de ce même équateur. Voici l’inscription; je la rapporte pour ceux
qui me liront plus tard, car pour vous il vous suffit qu’elle soit
sur le planisphère:
La
sagesse, prenant son essor vers les cieux,
Rapporta les secrets qu’elle étale à nos yeux.
Vois de
cet univers la forme et la mesure,
Et des
cercles égaux l’inégale coupure;
Les
étoiles, le cercle
où l’astre triomphal
Du jour
et de la nuit fait un partage égal;
Le
zodiaque oblique, et les centres insignes
Où des
méridiens vont aboutir les lignes.
NOTE.
Les
deux derniers chapitres du Discours à Pæonius
présentent des difficultés scientifiques qu’il m’aurait été
impossible de résoudre. M. V. Pron, auteur d’un savant travail sur
la
Χειροβαλλίστρα
d’Héron
d’Alexandrie, et sur les principes de la construction des machines
de jet, à l’époque gréco-romaine, travail publié récemment par
l’Académie des inscriptions et belles-lettres (Notices et
Extraits des manuscrits, in-4°, t. XXVI, 320), a consenti, avec
une obligeance dont je tiens ici à le remercier, à me venir en aide.
C’est à lui que je dois l’explication des passages qui m’arrêtaient.
Pour justifier le sens qu’il a cru devoir adopter, M. Pron a bien
voulu me communiquer les notes suivantes, que je reproduis avec son
autorisation.
I.
Σύγγραμμα εἰργασάμεθα.
—
Σύγγραμμα
est
ici, non un traité, mais un dessin d’ensemble, une
reproduction matérielle, indiquée par
ἐργάζομαι,
qui se dit d’un travail manuel ou mécanique (ὄργανον),
et non de l’opération de la
pensée.
II.
Καὶ εἰς
ὕλην
μεταθεῖναι
τοὐς λόγους
σπουδήν
ἐθέμεθα.
—Au dessin proportionnel a succédé l’exécution
sur métal,
εἰς
ὓλην.
— Ὕλη
set employé dans ce sens concret par Héron d’Alexandrie (Χειροβ.,
ap. Math. vet., Paris, in f°, p. 116; et t. XXVI, Notices
et Extraits des manuscrits de L’Acad. des inscr., Paris, in 4°,
1877). Une manette en fer y est appelée
ἐξ
ὕλην
σιδηρᾶς χειρολάβη,
où ὕλη
éveille l’idée d’un
corps mince, mais cylindrique, comme le bois
naturel, matière première par excellence, ou comme un fil,
filum
paraissant dériver de
ὕλη.
En effet, la manette de la χειροβαλλίστρα
est en
fil de fer rond contourné.
III.
Τὴν
ὁμαλὴν
κοίλην
(ἐπίφανειαν),
la surface planicourbe, le cylindre. — La pensée
précise de l’auteur ressort de ce double adjectif, qui définit le
genre et l’espace de la surface par lui préférée.
Synésius ne conteste à Hipparque ni à Ptolémée, comme semble le lui
reprocher Delambre (Biog. univ. Michaud, mot
Ptolémée), l’invention
des méthodes de projection de la sphère sur un plan, où il
serait exagéré de voir, comme le fait Delambre, la théorie
moderne des projections stéréographiques. Mais l’auteur a
considéré qu’un planisphère pur et simple n’offrirait qu’une
image imparfaite de la voûte céleste, tandis qu’une
surface courbe quelconque rappellerait toujours mieux la réalité au
spectateur intelligent. Ce sont ses propres expressions :
Συγγενεστέραν
ἡγούμενοι τὴν
ὁπωσοῦν
κοίλην τὸ τέλεον
...
ὅπως
ἂν
ἡ φαντασία τοῦ ὀργάνου τῆς
ἀληθεάς ὑπομιμνήσκη
τὸν ἐννοῦν θεατήν.
— Synésius a donc choisi la surface
ὁμαλὴν
κοίλην,
à la fois courbe et plane, telle que le cylindre.
Selon toute apparence, Pæonius est un novice, à qui l’auteur
préfère expliquer les choses plutôt que de les dénommer. Or, dans le
cylindre, deux génératrices consécutives constituent un véritable
plan, élément simultané du plan tangent et de la
surface courbe. Le cône offre une propriété analogue; mais ses
génératrices se coupent, au lieu de demeurer parallèles. Or deux
parallèles font mieux concevoir un plan que deux
droites concourantes. Telle est, sans aucun doute, la raison du
choix fait par Synésius. Le cylindre et le cône sont
des cas particuliers de ce qu’on appelle aujourd’hui une surface
réglée, lieu géométrique des positions successives d’une
droite se déplaçant comme on voudra dans l’espace. Par tout
point d’une pareille surface on peut mener une droite que la surface
contienne totalement. Mais toute surface réglée n’est pas
développable, tandis que le cylindre et le cône le
sont, c’est-à-dire que toute figure plane (cas de la
plaque d’argent de Synésius) peut être enroulée sur un
cylindre ou sur un cône, et réciproquement. L’auteur avait
conscience de cette propriété décisive.
IV.
Ὑπεμβολαία
[s. e.
ὕλη],
materiæ
subjectæ, sur une
forme courbée,
au sens concret de gabarit,
profil réglementaire des dimensions d’un objet. Cette
interprétation est justifiée par le passage suivant de Philon de
Byzance (Math. vet., p. 70), au sujet de ressorts,
formés de lames de bronze fabriquées d’une certaine manière:
« Ces lames, dit-il, une fois fondues, étirées et mises aux
dimensions ci-dessus, ont reçu une courbure douce (cambrure
légère) par application
contre une forme en bois;
οὕτω καμτὴν ἐδώκαμεν αὐταῖς
πραείαν πρὸς ἐμβολέα ξύλινον. »
—
Βάλλω
exprime essentiellement le mouvement
curviligne, celui d’un corps lancé transversalement ou
de profil, distinct de la chute d’aplomb ou
verticale,
ῥοπή
(seu
κατὰ,
κάθετον
φορά
— Phil.
Byz., ap. Math. vet., p. 71, 98, et notes 287, 288 et 289 de
la Chirobaliste). Ces deux mouvements sont les seuls que
produise la nature; de sorte que, transportée aux formes,
l’idée de
Βάλλω
caractérise nécessairement les profils ou formes courbes
en géométrie, parabole, hyperbole; en industrie,
ἐμβολεύς,
ὑπεμβολαῖα.
V.
Τὸ πλάτος.
— Le grec technique substitue ici le sens concret de
plaque, surface mince, à l’idée abstraite de largeur,
d’abord exprimée par
πλάτος.
VI.
Ἐκοιλάναμεν.
— Ce terme s’applique plutôt à l’évidement par déformation
que par ablation de matière.
Τὸ κοῖλον,
cœlum,
le ciel,
éveille
plutôt l’idée de la voûte, du firmament, de l’enveloppe
solide conçue par les anciens, que celle de l’espace vide
enfermé dans cette enveloppe. Athénée et Pausanias (ce dernier cité
par Eustathe) parlent d’un jeu, appelé d’ἐγκοτύλη,
dans lequel le vainqueur est porté on triomphe par ses rivaux, qui
l’enlèvent en courbant leurs mains (κοιλάναντες
τὰς
χεῖρας)
sous ses genoux. Le mot
ἐγκοτύλη
ajoute Pausanias, vient de
κοτύλη,
le creux de la main,
τὸ κοῖλον
τῆς χειρός,
εἰς ὃ ἐνετίθει
τὸ γόνυ ὁ βασταζόμενος.
Le triomphateur sa maintenait de la sorte, en entourant de ses bras
la tête et le cou des porteurs (Thes.
græc.
Dindorf,
Ἐγκοτύλη).
Il faut remarquer d’ailleurs que
κοιλαίνω
(exprime la déformation d’une matière souple, peu
résistante, telle que la mince plaque d’argent, suffisante pour
l’appareil de Synésius.
Κάμπτω
exprime, au contraire, le ployage
forcé d’un corps naturellement rigide, comme le montre le
passage cité plus haut (iv)
de Philon de Byzance. En un mot, tout indique, dans Synésius, l’enroulement
d’un plan sur un cylindre.
VII.
Οἱ διὰ τῶν πόλων τε καὶ τροπικῶν σημείων γραφόμενοι μέγιστοι κύκλοι,
τῷ
λόγῳ
μένοντες κυκλοι,
γεγόνασιν τῇ
μεταθέσει τοῦ θεωρήματος.
— La projection cylindrique peut seule expliquer la représentation
simultanée des méridiens et des parallèles par des
lignes droites, si nettement indiquée par ce passage. Dans ce
système, la carte plane a pour longueur la circonférence de
l’équateur, et pour largeur celle d’un demi-méridien. Sa
longueur est donc double de sa largeur, proportion
extrêmement appréciée par les ingénieurs antiques, et mise en
lumière par une foule d’exemples variés, dans la restitution de la
χειροβαλλίστρα
(op. cit., renvoi 2.) Le
quadrillage du plan de Synésius, de 5 en 5 degrés, fournit 72 bandes
transversales et 38 bandes longitudinales, soit 1296 carrée égaux.
Au sens moderne du mot, un planisphère ne représenterait que
la moitié de la voûte céleste, à moins de se doubler, à
l’instar d’une mappemonde. Il devrait d’ailleurs avoir son point de
vue au pôle, comme le supposait Bailly (Hist. de l’astr.
moderne, I, p. 873); mais alors les méridiens seuls y
seraient figurés par des droites, chaque parallèle demeurant
circulaire, concentrique au pôle, et ayant pour rayon le
cosinus de sa déclinaison ou latitude céleste, à
l’échelle du planisphère. Le cylindre de Synésius, au
contraire, reproduit dans un cadre unique la totalité de la voûte
céleste; et ses cercles astronomiques y sont tous
représentés par des lignes
droites.
VIII.
Ὅτε
ἀνταρκτικὸς
μείζων ἐντέτακται
τῶν μεγίστων καὶ τὰ
πρὸς
ἀλλήλους
διαστήματα τῶν
ἀστέρων
ἐμεγεθύνθη
κατ’
ἐκεῖνο
τῆς ἐξαπλώσεως.
— L’amplification du cercle antarctique est relativement ici un
maximum, ce cercle étant le plus petit de la sphère, et
la projection cylindrique substituant des droites égales et
maxima aux circonférences de ces divers cercles. Les
coordonnées rectilignes des astres se trouvent, par cela même,
amplifiées à proportion, ainsi que leurs distances
mutuelles. C’est la conséquence naturelle de la projection de la
sphère sur le cylindre circonscrit à l’équateur,
|