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SYNESIUS
Synésius
HOMÉLIES
Oeuvre numérisée et mise
en page par Marc Szwajcer

HOMÉLIES.
I.
Je ne
laisserai point passer cette fête sans vous adresser la parole; mais
il ne faut pas non plus trop de paroles : si je parle pour louer
Dieu, je serai court pour ne pas retarder cette fête. Voulez-vous
honorer dignement la Divinité? N’allez pas, au sortir du jeûne, vous
livrer aux excès de la table. Que la tempérance préside à vos
religieuses agapes. Notre Dieu est la sagesse même, la raison même.
Si les libations produisent le désordre de la pensée et le trouble
de l’entendement, ne sont-elles pas contraires à la raison? Certains
plaisirs conviennent aux serviteurs de Dieu, d’autres aux serviteurs
des démons. Réjouissez-vous dans le Seigneur avec tremblement,
c’est-à-dire dans vos festins souvenez-vous toujours de Dieu; car
c’est alors surtout que vous êtes exposé à glisser dans le péché.
Quand le corps s’abandonne aux satisfactions sensuelles, l’âme cesse
de connaître les joies intellectuelles. Le Seigneur tient en main
une coupe de vin pur, pleine de mélange; il en a versé tantôt dans
l’une, tantôt dans l’autre, et cependant le breuvage n’en est point
encore épuisé.
Vous n’avez qu’à boire de cette coupe, et vous devenez digne de
prendre place au banquet de l’époux. Elle est fortifiante cette
coupe pleine de vin; il suffit qu’elle nous soit offerte pour que
nous nous élevions vers l’intelligence. Les paroles sacrées sont
assez claires, mais elles demandent cependant quelque explication.
Il tient une coupe de vin pur, pleine de mélange ; il en a versé
tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre. Si c’est une coupe de
vin pur, comment est-elle pleine de mélange? Si c’est une seule
coupe, comment en a-t-il versé tantôt dans l’une, tantôt dans
l’autre? Les mots paraissent absurdes, mais le sens qu’ils cachent
ne l’est point. Dieu n’a pas besoin de termes inspirés; l’esprit
divin dédaigne les minutieux scrupules de l’écrivain. Voulez-vous
savoir l’exacte vérité qui se dégage de ces expressions
contradictoires? Quelle est cette coupe à laquelle fait allusion le
livre sacré? C’est la parole que Dieu présente aux hommes dans
l’ancien comme dans le nouveau Testament. Telle est la liqueur qui
désaltère l’âme. La parole est pure dans l’un comme dans l’autre
Testament, et l’union des deux Testaments, voilà le mélange.
L’ancien Testament nous a donné les promesses, le nouveau la
réalité. Il a versé tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre :
cela signifie la succession des enseignements que nous trouvons dans
la loi de Moïse et dans la loi du Christ. Une coupe,
unique en effet, comme l’esprit qui a inspiré le prophète et
l’apôtre, et qui, semblable à un peintre habile, après avoir tracé
d’abord une simple esquisse de la sagesse, nous en a donné ensuite
le tableau achevé. Cependant
le breuvage n’est pas encore épuisé.
II.
Nuit
sainte, qui fait luire sur les cœurs purifiés une lumière telle que
n’en a jamais répandu le soleil pendant le jour ! Car même ce qu’il
y a de plus magnifique dans l’univers ne peut se comparer au
Créateur. Elle est incréée cette lumière qui éclaire les âmes, et
qui a donné au soleil visible ses rayons, reflets de la splendeur
divine. Soyez persévérants, et ce jour restera comme le plus heureux
de votre vie. Chacun de vous est comme un ministre de Dieu parmi
nous. C’est à vous, n’en doutez pas, que s’appliquent ces paroles:
Ils habitent sur la terre, mais toutes leurs pensées sont dans le
ciel. Prenez garde de déchoir. Les nouvelles souillures que l’on
contracte après avoir été purifié s’effacent difficilement.
*******************
Les habitants de Léontopolis
ont
résolu (pouvait-on s’attendre à voir leur humeur ainsi s’adoucir?)
de ne plus se poursuivre mutuellement : aujourd’hui c’est au
voisinage qu’ils s’en prennent, sous prétexte de lois violées;
tandis que naguère chez eux les frères en lutte avec les frères, le
fils avec son père, le père avec ses enfants, appelaient les uns sur
les autres toutes les rigueurs de la justice. Sans doute, en portant
ailleurs leurs attaques, ils ne vont plus s’entredétruire; mais avec
tous ces procès de particulier à particulier, de ville à ville, ils
font le malheur de leurs pauvres voisins. Ils se croiraient perdus
si leur cité ne faisait pas métier d’accuser, de dénoncer. Mais les
accusations mêmes dont nous sommes l’objet prouvent clairement que
nous n’avons aucun tort: il nous suffit d’avoir un juge qui veuille
nous écouter. Nous avons appris à cultiver la terre, et non à faire
des plaidoyers. Depuis un temps immémorial nos adversaires ont un
territoire nettement délimité : pourquoi veulent-ils aujourd’hui
l’étendre? Pourquoi réclament-ils plus que ce qui leur est attribué,
et viennent-ils nous tourmenter? Nous souffrons plus qu’eux des
chaleurs torrides; notre territoire est plus exposé à la sécheresse.
Ils veulent nous faire acheter ce qui reste d’eau. Comme nous ne
pouvons cette année, faute d’argent, rien leur donner, ils
prétendent jouir au moins de nos souffrances. Tel est le but qu’ils
poursuivent avec le procès qu’ils viennent de nous intenter; les
décisions qu’ils ont prises n’ont pas d’autre objet. Ils ont encore
une prétention qu’il appartient à nous les premiers, à nous seuls de
signaler, et qui montre clairement leur injustice. Après avoir
inventé depuis longtemps toute sorte de faussetés pour s’attribuer
un droit sur des eaux qui ne leur appartiennent pas, ils se sont
adressés à ce vénérable tribunal ……..
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